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www.decosblog.com--www.decosblog.com-www.decosblog.com-www.decosblog.comwww.decosblog.comChapitre 1 : Adieux (Partie I)
Ce matin là, ce ne fut ni du Chopin, ni une bonne odeur de café bien frai préparé par Lola qui réveilla Silvia, ce fut simplement le retentissement de la sonnerie de son portable : il indiquait 9h15 ... Normalement à cette heure-ci elle aurait déjà du être en salle de danse, en cours de classique, mais étant donné les circonstances, on lui avait accordé sa journée ... En effet, son père serait enterré dans pas moins de deux heures maintenant.
De leur côté, Marta et Roberto émergeaient doucement d'une courte nuit qu'ils avaient passé dans les bras l'un de l'autre ... Marta était étonné de le voir encore au lit avec elle : il aurait normalement, lui aussi, déjà du être en cours.
- Tu n'es pas censé être en cours ? l'interrogea Marta pensant que c'était pour être avec elle qu'il avait séché la première heure de cours ... Tu sais que ton examen est bientôt ! Tu ne devrais pas sauter des cours comme ça !
- Je n'y vais pas aujourd'hui ... J'ai autre chose à faire ! lui répondit-il en souriant.
- Comment ça autre chose à faire ?
- C'est l'enterrement du père de Silvia et Lola, Nacho et moi on a décidé d'y aller pour la soutenir ! lui dit-il.
- Tu parles ! Avec tout le gratin qu'il y aura vous ne pourrez même pas l'approcher, ajouta-t-elle en s'énervant.
- Peut-être, mais au moins on lui montre qu'on est là pour elle si elle a besoin de nous ! lui dit-il en lui lançant un regard noir.
- Parce que tu crois qu'elle vous verra ?
- Ecoute Marta ! J'ai pas envie de me prendre la tête avec toi de bon matin, répondit-il en allant s'enfermer dans la salle de bain ... Si tu es contente tant mieux, si tu ne l'es pas, et bien tant pis !
Roberto était excédé des sauts d'humeur de sa copine : il en avait assez et c'était à un point où cela compromettait leur relation. En effet, ce genre de petites crises se répétaient trop souvent à son goût depuis qu'ils étaient ensemble et cela contribuait à atténuer les sentiments que Roberto avait pour elle ... Il ne lui disait pas, mais chaque jour et chaque dispute de ce genre qui passaient étaient un pas de plus qui l'écartait d'elle ...
Il s'engouffra, nu, dans la douche laissant couler une eau chaude et réconfortante sur ses membres encore endormis : il aurait voulu y rester plus longtemps mais il se devait d'être présent pour Silvia dans ce moment pénible, même si depuis quelques temps ils s'étaient éloignés.
A peine le réveil eut-il sonné que Silvia était déjà debout : son sommeil avait été plus que léger pendant une bonne partie de la nuit ... Elle n'avait pas arrêté de se retourner dans son lit, de se lever et de faire les cents pas : même si aujourd'hui elle enterrai une des personnes à qui elle devait la vie, elle n'en était pas plus affecté que si ça avait été un quelconque cousin éloigné au lieu de son père, ce qui la dérangeait plus c'était d'avoir hérité d'une telle somme d'argent dont elle ne saurait quoi faire ... Certes, la veille, elle avait déjà fait de gros investissements dans l'école de Carmen Arranz, mais il lui restait encore tellement d'argent ...
Silvia se rendit dans la salle de bain où elle observa quelques instants son reflet dans le miroir : elle pensait ... Jamais elle n'aurait cru qu'un événement, qui à son grand regret ne la touchait pas plus qu'elle ne l'aurait pensé, puisse autant chamboulé sa vie : elle avait récupéré la maison familiale, en y délogeant sa tante pour s'y installer, elle avait tiré l'école où elle étudiait de la faillite et y était devenue co-directrice malgré son statut d'élève et tout cela alors même que son père n'était pas encore enterré ... Elle se demandait bien ce qu'elle allait encore pouvoir faire de tout ce qu'elle avait reçu de cette succession ...
Chez Lola et Nacho, on s'activait : le moment à passer était plutôt pénible pour Lola dont l'événement ne cessait de lui rappeler la disparition de sa mère ... Elle aussi voulait être là pour son amie même si cela lui coûtait de gros efforts. Quant à celui qui s'aliénait à elle la nuit, cette histoire lui faisait simplement froid dans le dos : il doutait que leur présence à cet enterrement soit vraiment de mise ... Après tout, il ne le connaissait pas, cet homme, dont la plupart des gens ne savent de lui, que l'émotion qu'il mettait à diriger à un orchestre qui la lui rendait bien. Lola savait ce que son compagnon pensait et lorsqu'elle le vit se regarder dans le miroir, l'air pensif, en essayant d'ajuster sa cravate elle brisa le silence, pesant, qui régnait depuis le réveil ...
- C'est pour Silvia qu'on y va ! lui dit-elle en s'efforçant de s'en persuader.
- Je sais, lui répondit-il en allant s'asseoir à ses côtés.
- Plus l'heure de l'enterrement approche, plus je me demande si on fait bien d'y aller !
- Silvia a besoin de nous : tu l'as dit toi même, ajouta-t-il. C'est un moment douloureux pour elle et on se doit d'être là parce qu'on est ses amis, même si on ne connaissait pas son père !
- Je ne sais pas comment je vais réagir, Nacho ! J'ai de rares souvenirs de ma mère et le dernier que j'ai d'elle c'est son cercueil que chacun recouvrait de terre, lança-t-elle en pleurant.
- Tu sais, lui dit-il. Silvia comprendrait que se soit trop dur pour toi ...
- Non, s'offusqua-t-elle en se ressaisissant. Silvia est une de mes meilleures amies et aujourd'hui elle va avoir besoin de moi donc je serai là !
Silvia, de son côté, ne traîna pas plus longtemps que d'ordinaire dans la salle de bain : elle prit une douche, se maquilla légèrement et enfila un tailleur noir qui faisait plus femme d'affaire que jeune fille en deuil mais cela lui convenait parfaitement. Elle y accorda un chapeau, plutôt difforme, noir lui aussi, et duquel chutait une dentelle fine de la même couleur, voilant ainsi le visage censé être envahi par la tristesse de celle qui le portait ...
Elle ne prit pas le temps de déjeuner : même pas une tasse de café ... Même si cet événement lui semblait sans aucune importance, elle avait tout de même son estomac qui se retournait à la moindre odeur qui s'engouffrait dans ses narines qu'elle soit agréable ou non ...
Silvia se rendit alors à l'église de San Nicolas de los Servitas, la grande église de Madrid, là où aurait lieu la cérémonie d'enterrement. Elle y fut avant que tout le monde n'arrive et vit alors défiler une bonne centaine de personnes, si ce n'était plus, en l'espace d'une demi-heure ... Elle était touchée qu'autant de personnes aient fait le déplacement pour faire leurs adieux à son père : la plupart des gens qui passaient devant elle, Silvia les connaissait de réputation ou de nom ... Elle regrettait de faire perdre autant de temps à ces personnes pour qui cela était si précieux...
Cependant elle aperçue de loin quelques visages qui, cette fois, lui étaient plus familiers : il y avait Alicia, Carmen mais aussi ses amis qui restaient timidement derrière ces deux femmes de poigne. Lola, Roberto, et Nacho avaient tous trois ressenti le besoin d'épauler leur amie dans ce moment qu'ils lui croyaient difficile ... C'est donc avec surprise qu'ils réagirent lorsque celle-ci s'approcha d'eux avec un large sourire et une étrange aisance.
- C'est gentil d'être venus ! Vous savez, vous n'étiez pas obligé ...
- On voulait être avec toi aujourd'hui ! On est tes amis et si on n'est pas là dans les moments difficiles, on ne sera jamais là, dit Lola en serrant son amie dans ses bras
- Ne vous en faites pas ... Je vais bien, répondit alors Silvia se dégageant doucement de l'étreinte de son amie.
Elle n'avait pas franchement envie de s'étaler sur ce sujet et heureusement pour elle, la cloche de l'église sonna dix coups, indiquant que les dix heures de la matinée passés et qu'il était temps de commencer cette cérémonie d'adieux à un grand homme, qui par son talent, avait contribué à transmettre et faire vivre la musique, sans quoi sa fille n'aurait jamais pu danser ...
A des kilomètres de là, à Hollywood, Ingrid et Pedro, eux, ignoraient tout de ce qui se passait ... Chacun vivait au jour le jour : leur rythme de vie avait changé ... Le cinéma, au-delà des apparences, était pour eux le moyen de ne pas sombrer dans la routine : une journée nouvelle annonçait des rencontres ou même des moments inattendus. D'ailleurs, les deux ex-élèves de l'école de Carmen Arranz se croisaient de temps en temps, en coup de vent, dans le petit univers qu'était en réalité celui des studios hollywoodiens. Et même qu'aujourd'hui, à l'heure où Silvia prononçait l'éloge funèbre de son père, Pedro et Ingrid, chez qui le soleil commençait à peine à se coucher, se rencontrèrent dans une même soirée VIP : celle de la première d'un film, qui n'était autre que le dernier James Bond, très attendu aux Etats-Unis.
- Ingrid ? s'interrogea Pedro en voyant de loin une somptueuse chevelure rousse et bouclée.
- Pedro ! répondit Ingrid, lui souriant en même temps qu'elle le serrait dans ses bras.
- Alors comme ça toi aussi tu as été invitée ?
- Et oui, lui dit-elle en faisant la grimace. Crois-moi, j'aurai préféré rester dans mon lit pour me reposer ! Surtout que moi, personnellement, j'ai pas franchement aimé.
- Pour tout te dire, ajouta-t-il en riant à moitié. Moi, j'ai détesté !
- Tu crois pas que t'exagères un peu, dit Ingrid. Quand même ... C'est divertissant, et je ne crois pas qu'on en demande plus à ce genre de film !
- Oui : y'a de jolies filles, de jolis gars et c'est tout ... De toute manière, la plupart des personnes qui iront voir ce film ce sera simplement pour les acteurs ! Enfin je l'espère parce si c'est pour les dialogues, je les plaints !
- Au fait tu as des nouvelles de Madrid ? demanda la belle rousse. Je n'ai pas eu le temps d'appeler Lola cette semaine ...
- Non ! Moi non plus j'ai pas vraiment eu le temps ...
- Ca m'étonnes quand même de Lola ! D'habitude, elle ne reste pas deux jours sans m'appeler si je ne le fait pas et là rien : même pas un petit coup de fil !
- C'est la distance, tu sais, lui dit Pedro ... On a beau se dire qu'on s'appellera tous les jours, qu'on s'écriera, qu'on fera des tas de choses pour rester en contact, au bout du compte, je crois qu'à un moment il faut se résigner à se dire que la distance ne fait que séparer un peu plus les amis jours après jours ...
- C'est ce que je m'étais dit avant de partir, mais avec Lola et même Silvia, on a continué à garder de bons contacts ! Je pense que c'est seulement que de notre côté on a du boulot mais eux aussi : après tout, leurs examens sont pour bientôt.
- Tu sais quoi ? l'interrogea-t-il en souriant.
- Non mais je sens que tu va me le dire, lui répondit-elle.
- On va attendre un peu et on les appellera un peu plus tard dans la soirée parce que là ils doivent encore être en cours !
- C'est une bonne idée, ajouta Ingrid qui affichait désormais un large sourire aux lèvres.
Les deux amis continuèrent à discuter tous les deux avant de se joindre à d'autres de leurs collègues et à d'autres de ce petit monde du cinéma ... Le plupart d'entre eux étaient d'ailleurs unanimes : le film, présenté ce soir là, était loin d'être une réussite.
Silvia se trouvait désormais seule devant toute une assemblée ... Elle savait que ses amis n'étaient pas loin mais cela ne l'empêchait pas de se sentir seule au monde : seule face à des centaines d'illustres inconnus, face à son père qui déjà reposait dans son cercueil en plein milieu de l'allée centrale de l'église ...
Elle n'avait pas réellement préparé de discours pour lui dire au revoir, d'ailleurs même si elle en avait fait un, à ce moment là, des mots s'alignaient dans sa tête, formant ainsi des phrases qui ne cessaient d'envahir son esprit, c'est comme ça que lui vinrent les dernières paroles qu'elle adressait à son père :
« Ce n'est pas en tant que fille de mon père que je m'adresserai aujourd'hui, c'est en tant que danseuse ... En tant que danseuse qui ne peut être que reconnaissante envers cet homme qui de son vivant à contribuer à transmettre à sa famille, à ses amis et à ceux qui venaient l'applaudir chaque soir, son amour et sa passion pour la musique ... J'aurai voulu que tout cela dure toujours mais comme chacun sais, les bonnes choses ont une fin ... Mais je sais aussi que parmi vous tous, nombreux sont ceux qui ont à c½ur de continuer à faire vivre celui qu'on surnommait le virtuose, tant dans leur musique que dans leur c½ur ». Silvia ne put continuer davantage : elle était submergée par l'émotion ... Jusque-là, elle avait réussi à garder la tête haute et à rester digne, disait-elle. Cependant, ce n'était pas la mort d'un père déplorait : c'était l'atmosphère étrange qui régnait et les gens, tous nettement plus affectés qu'elle de cette disparition ... Elle s'en voulait de ne pas être aussi triste ...
Elle retourna s'asseoir auprès de ses amis, sans prononcer un mot, en regardant dans le vide pour ne pas avoir à croiser leur regard : elle resta silencieuse jusqu'à la fin, jusqu'au moment où la marche funèbre se mit à résonner dans toute l'église et où tout le monde se leva regardant le cercueil, soulevé à bout de bras par des hommes forts, qui s'en allait en direction des grandes portes qui s'ouvraient doucement ... Silvia et sa tante passèrent les premières suivies de près par Carmen, Lola, Nacho et Roberto. Ils sortirent de l'église en silence, Silvia regardant toujours fixement ailleurs ... Lorsque le cercueil fut mis dans la voiture pour être amené jusqu'au cimetière, la jeune fille s'éloigna des autres. Préférant rester seule un moment, elle alla se réfugier dans un petit coin derrière l'église duquel on pouvait apercevoir un charmant petit parc, tout fleuri : toute cette nature lui paraissait si vivante et si fraîche alors qu'à l'intérieur d'elle même tout lui semblait si vide ...
De leur côté, les trois amis de Silvia, restés sur le parvis de l'église, se faisaient du soucis pour leur camarade : elle avait beau dire que tout allait bien, chacun sentait bien qu'en réalité, ça n'allait pas.
- Ca me fait de la peine de la voir comme ça, dit Lola en baissant la tête.
- Elle garde tout pour elle, répondit Nacho. Je ne suis pas sûr que ce soit bon !
- On va pas non plus la forcer à nous dire ce qu'elle ressent, renchérit Roberto.
- Si seulement on pouvait faire quelque chose, déplora Lola qui se mettait maintenant à pleurer.
- Je crois qu'il faut surtout lui changer les idées, rétorqua Roberto. Même si s'est sans doute difficile de perdre un père, il faut qu'elle passe à autre chose ...
- Et tu espères que ça va se faire tu jour au lendemain, dit ironiquement Nacho.
- En tout cas, c'est pas en la laissant seule dans son coin qu'elle y arrivera, c'est sûr ! répondit Roberto sur le même ton.
- Excusez-moi, mais vous vous changerez les idées sans moi, dit doucement Lola en s'en allant. J'ai pas la tête à ça !
- Tu t'occupes de Silvia ? lança Nacho qui voulait rejoindre Lola au plus vite.
- Oui, dit Roberto en soupirant. C'est bon ...
Nacho lui serra vite fait la main avant de courir auprès de Lola qui était visiblement plus affectée que Silvia de cette disparition. Roberto, quant à lui, se dirigea vers là où il avait vu Silvia s'en aller ...
De leur côté, Marta et Roberto émergeaient doucement d'une courte nuit qu'ils avaient passé dans les bras l'un de l'autre ... Marta était étonné de le voir encore au lit avec elle : il aurait normalement, lui aussi, déjà du être en cours.
- Tu n'es pas censé être en cours ? l'interrogea Marta pensant que c'était pour être avec elle qu'il avait séché la première heure de cours ... Tu sais que ton examen est bientôt ! Tu ne devrais pas sauter des cours comme ça !
- Je n'y vais pas aujourd'hui ... J'ai autre chose à faire ! lui répondit-il en souriant.
- Comment ça autre chose à faire ?
- C'est l'enterrement du père de Silvia et Lola, Nacho et moi on a décidé d'y aller pour la soutenir ! lui dit-il.
- Tu parles ! Avec tout le gratin qu'il y aura vous ne pourrez même pas l'approcher, ajouta-t-elle en s'énervant.
- Peut-être, mais au moins on lui montre qu'on est là pour elle si elle a besoin de nous ! lui dit-il en lui lançant un regard noir.
- Parce que tu crois qu'elle vous verra ?
- Ecoute Marta ! J'ai pas envie de me prendre la tête avec toi de bon matin, répondit-il en allant s'enfermer dans la salle de bain ... Si tu es contente tant mieux, si tu ne l'es pas, et bien tant pis !
Roberto était excédé des sauts d'humeur de sa copine : il en avait assez et c'était à un point où cela compromettait leur relation. En effet, ce genre de petites crises se répétaient trop souvent à son goût depuis qu'ils étaient ensemble et cela contribuait à atténuer les sentiments que Roberto avait pour elle ... Il ne lui disait pas, mais chaque jour et chaque dispute de ce genre qui passaient étaient un pas de plus qui l'écartait d'elle ...
Il s'engouffra, nu, dans la douche laissant couler une eau chaude et réconfortante sur ses membres encore endormis : il aurait voulu y rester plus longtemps mais il se devait d'être présent pour Silvia dans ce moment pénible, même si depuis quelques temps ils s'étaient éloignés.
A peine le réveil eut-il sonné que Silvia était déjà debout : son sommeil avait été plus que léger pendant une bonne partie de la nuit ... Elle n'avait pas arrêté de se retourner dans son lit, de se lever et de faire les cents pas : même si aujourd'hui elle enterrai une des personnes à qui elle devait la vie, elle n'en était pas plus affecté que si ça avait été un quelconque cousin éloigné au lieu de son père, ce qui la dérangeait plus c'était d'avoir hérité d'une telle somme d'argent dont elle ne saurait quoi faire ... Certes, la veille, elle avait déjà fait de gros investissements dans l'école de Carmen Arranz, mais il lui restait encore tellement d'argent ...
Silvia se rendit dans la salle de bain où elle observa quelques instants son reflet dans le miroir : elle pensait ... Jamais elle n'aurait cru qu'un événement, qui à son grand regret ne la touchait pas plus qu'elle ne l'aurait pensé, puisse autant chamboulé sa vie : elle avait récupéré la maison familiale, en y délogeant sa tante pour s'y installer, elle avait tiré l'école où elle étudiait de la faillite et y était devenue co-directrice malgré son statut d'élève et tout cela alors même que son père n'était pas encore enterré ... Elle se demandait bien ce qu'elle allait encore pouvoir faire de tout ce qu'elle avait reçu de cette succession ...
Chez Lola et Nacho, on s'activait : le moment à passer était plutôt pénible pour Lola dont l'événement ne cessait de lui rappeler la disparition de sa mère ... Elle aussi voulait être là pour son amie même si cela lui coûtait de gros efforts. Quant à celui qui s'aliénait à elle la nuit, cette histoire lui faisait simplement froid dans le dos : il doutait que leur présence à cet enterrement soit vraiment de mise ... Après tout, il ne le connaissait pas, cet homme, dont la plupart des gens ne savent de lui, que l'émotion qu'il mettait à diriger à un orchestre qui la lui rendait bien. Lola savait ce que son compagnon pensait et lorsqu'elle le vit se regarder dans le miroir, l'air pensif, en essayant d'ajuster sa cravate elle brisa le silence, pesant, qui régnait depuis le réveil ...
- C'est pour Silvia qu'on y va ! lui dit-elle en s'efforçant de s'en persuader.
- Je sais, lui répondit-il en allant s'asseoir à ses côtés.
- Plus l'heure de l'enterrement approche, plus je me demande si on fait bien d'y aller !
- Silvia a besoin de nous : tu l'as dit toi même, ajouta-t-il. C'est un moment douloureux pour elle et on se doit d'être là parce qu'on est ses amis, même si on ne connaissait pas son père !
- Je ne sais pas comment je vais réagir, Nacho ! J'ai de rares souvenirs de ma mère et le dernier que j'ai d'elle c'est son cercueil que chacun recouvrait de terre, lança-t-elle en pleurant.
- Tu sais, lui dit-il. Silvia comprendrait que se soit trop dur pour toi ...
- Non, s'offusqua-t-elle en se ressaisissant. Silvia est une de mes meilleures amies et aujourd'hui elle va avoir besoin de moi donc je serai là !
Silvia, de son côté, ne traîna pas plus longtemps que d'ordinaire dans la salle de bain : elle prit une douche, se maquilla légèrement et enfila un tailleur noir qui faisait plus femme d'affaire que jeune fille en deuil mais cela lui convenait parfaitement. Elle y accorda un chapeau, plutôt difforme, noir lui aussi, et duquel chutait une dentelle fine de la même couleur, voilant ainsi le visage censé être envahi par la tristesse de celle qui le portait ...
Elle ne prit pas le temps de déjeuner : même pas une tasse de café ... Même si cet événement lui semblait sans aucune importance, elle avait tout de même son estomac qui se retournait à la moindre odeur qui s'engouffrait dans ses narines qu'elle soit agréable ou non ...
Silvia se rendit alors à l'église de San Nicolas de los Servitas, la grande église de Madrid, là où aurait lieu la cérémonie d'enterrement. Elle y fut avant que tout le monde n'arrive et vit alors défiler une bonne centaine de personnes, si ce n'était plus, en l'espace d'une demi-heure ... Elle était touchée qu'autant de personnes aient fait le déplacement pour faire leurs adieux à son père : la plupart des gens qui passaient devant elle, Silvia les connaissait de réputation ou de nom ... Elle regrettait de faire perdre autant de temps à ces personnes pour qui cela était si précieux...
Cependant elle aperçue de loin quelques visages qui, cette fois, lui étaient plus familiers : il y avait Alicia, Carmen mais aussi ses amis qui restaient timidement derrière ces deux femmes de poigne. Lola, Roberto, et Nacho avaient tous trois ressenti le besoin d'épauler leur amie dans ce moment qu'ils lui croyaient difficile ... C'est donc avec surprise qu'ils réagirent lorsque celle-ci s'approcha d'eux avec un large sourire et une étrange aisance.
- C'est gentil d'être venus ! Vous savez, vous n'étiez pas obligé ...
- On voulait être avec toi aujourd'hui ! On est tes amis et si on n'est pas là dans les moments difficiles, on ne sera jamais là, dit Lola en serrant son amie dans ses bras
- Ne vous en faites pas ... Je vais bien, répondit alors Silvia se dégageant doucement de l'étreinte de son amie.
Elle n'avait pas franchement envie de s'étaler sur ce sujet et heureusement pour elle, la cloche de l'église sonna dix coups, indiquant que les dix heures de la matinée passés et qu'il était temps de commencer cette cérémonie d'adieux à un grand homme, qui par son talent, avait contribué à transmettre et faire vivre la musique, sans quoi sa fille n'aurait jamais pu danser ...
A des kilomètres de là, à Hollywood, Ingrid et Pedro, eux, ignoraient tout de ce qui se passait ... Chacun vivait au jour le jour : leur rythme de vie avait changé ... Le cinéma, au-delà des apparences, était pour eux le moyen de ne pas sombrer dans la routine : une journée nouvelle annonçait des rencontres ou même des moments inattendus. D'ailleurs, les deux ex-élèves de l'école de Carmen Arranz se croisaient de temps en temps, en coup de vent, dans le petit univers qu'était en réalité celui des studios hollywoodiens. Et même qu'aujourd'hui, à l'heure où Silvia prononçait l'éloge funèbre de son père, Pedro et Ingrid, chez qui le soleil commençait à peine à se coucher, se rencontrèrent dans une même soirée VIP : celle de la première d'un film, qui n'était autre que le dernier James Bond, très attendu aux Etats-Unis.
- Ingrid ? s'interrogea Pedro en voyant de loin une somptueuse chevelure rousse et bouclée.
- Pedro ! répondit Ingrid, lui souriant en même temps qu'elle le serrait dans ses bras.
- Alors comme ça toi aussi tu as été invitée ?
- Et oui, lui dit-elle en faisant la grimace. Crois-moi, j'aurai préféré rester dans mon lit pour me reposer ! Surtout que moi, personnellement, j'ai pas franchement aimé.
- Pour tout te dire, ajouta-t-il en riant à moitié. Moi, j'ai détesté !
- Tu crois pas que t'exagères un peu, dit Ingrid. Quand même ... C'est divertissant, et je ne crois pas qu'on en demande plus à ce genre de film !
- Oui : y'a de jolies filles, de jolis gars et c'est tout ... De toute manière, la plupart des personnes qui iront voir ce film ce sera simplement pour les acteurs ! Enfin je l'espère parce si c'est pour les dialogues, je les plaints !
- Au fait tu as des nouvelles de Madrid ? demanda la belle rousse. Je n'ai pas eu le temps d'appeler Lola cette semaine ...
- Non ! Moi non plus j'ai pas vraiment eu le temps ...
- Ca m'étonnes quand même de Lola ! D'habitude, elle ne reste pas deux jours sans m'appeler si je ne le fait pas et là rien : même pas un petit coup de fil !
- C'est la distance, tu sais, lui dit Pedro ... On a beau se dire qu'on s'appellera tous les jours, qu'on s'écriera, qu'on fera des tas de choses pour rester en contact, au bout du compte, je crois qu'à un moment il faut se résigner à se dire que la distance ne fait que séparer un peu plus les amis jours après jours ...
- C'est ce que je m'étais dit avant de partir, mais avec Lola et même Silvia, on a continué à garder de bons contacts ! Je pense que c'est seulement que de notre côté on a du boulot mais eux aussi : après tout, leurs examens sont pour bientôt.
- Tu sais quoi ? l'interrogea-t-il en souriant.
- Non mais je sens que tu va me le dire, lui répondit-elle.
- On va attendre un peu et on les appellera un peu plus tard dans la soirée parce que là ils doivent encore être en cours !
- C'est une bonne idée, ajouta Ingrid qui affichait désormais un large sourire aux lèvres.
Les deux amis continuèrent à discuter tous les deux avant de se joindre à d'autres de leurs collègues et à d'autres de ce petit monde du cinéma ... Le plupart d'entre eux étaient d'ailleurs unanimes : le film, présenté ce soir là, était loin d'être une réussite.
Silvia se trouvait désormais seule devant toute une assemblée ... Elle savait que ses amis n'étaient pas loin mais cela ne l'empêchait pas de se sentir seule au monde : seule face à des centaines d'illustres inconnus, face à son père qui déjà reposait dans son cercueil en plein milieu de l'allée centrale de l'église ...
Elle n'avait pas réellement préparé de discours pour lui dire au revoir, d'ailleurs même si elle en avait fait un, à ce moment là, des mots s'alignaient dans sa tête, formant ainsi des phrases qui ne cessaient d'envahir son esprit, c'est comme ça que lui vinrent les dernières paroles qu'elle adressait à son père :
« Ce n'est pas en tant que fille de mon père que je m'adresserai aujourd'hui, c'est en tant que danseuse ... En tant que danseuse qui ne peut être que reconnaissante envers cet homme qui de son vivant à contribuer à transmettre à sa famille, à ses amis et à ceux qui venaient l'applaudir chaque soir, son amour et sa passion pour la musique ... J'aurai voulu que tout cela dure toujours mais comme chacun sais, les bonnes choses ont une fin ... Mais je sais aussi que parmi vous tous, nombreux sont ceux qui ont à c½ur de continuer à faire vivre celui qu'on surnommait le virtuose, tant dans leur musique que dans leur c½ur ». Silvia ne put continuer davantage : elle était submergée par l'émotion ... Jusque-là, elle avait réussi à garder la tête haute et à rester digne, disait-elle. Cependant, ce n'était pas la mort d'un père déplorait : c'était l'atmosphère étrange qui régnait et les gens, tous nettement plus affectés qu'elle de cette disparition ... Elle s'en voulait de ne pas être aussi triste ...
Elle retourna s'asseoir auprès de ses amis, sans prononcer un mot, en regardant dans le vide pour ne pas avoir à croiser leur regard : elle resta silencieuse jusqu'à la fin, jusqu'au moment où la marche funèbre se mit à résonner dans toute l'église et où tout le monde se leva regardant le cercueil, soulevé à bout de bras par des hommes forts, qui s'en allait en direction des grandes portes qui s'ouvraient doucement ... Silvia et sa tante passèrent les premières suivies de près par Carmen, Lola, Nacho et Roberto. Ils sortirent de l'église en silence, Silvia regardant toujours fixement ailleurs ... Lorsque le cercueil fut mis dans la voiture pour être amené jusqu'au cimetière, la jeune fille s'éloigna des autres. Préférant rester seule un moment, elle alla se réfugier dans un petit coin derrière l'église duquel on pouvait apercevoir un charmant petit parc, tout fleuri : toute cette nature lui paraissait si vivante et si fraîche alors qu'à l'intérieur d'elle même tout lui semblait si vide ...
De leur côté, les trois amis de Silvia, restés sur le parvis de l'église, se faisaient du soucis pour leur camarade : elle avait beau dire que tout allait bien, chacun sentait bien qu'en réalité, ça n'allait pas.
- Ca me fait de la peine de la voir comme ça, dit Lola en baissant la tête.
- Elle garde tout pour elle, répondit Nacho. Je ne suis pas sûr que ce soit bon !
- On va pas non plus la forcer à nous dire ce qu'elle ressent, renchérit Roberto.
- Si seulement on pouvait faire quelque chose, déplora Lola qui se mettait maintenant à pleurer.
- Je crois qu'il faut surtout lui changer les idées, rétorqua Roberto. Même si s'est sans doute difficile de perdre un père, il faut qu'elle passe à autre chose ...
- Et tu espères que ça va se faire tu jour au lendemain, dit ironiquement Nacho.
- En tout cas, c'est pas en la laissant seule dans son coin qu'elle y arrivera, c'est sûr ! répondit Roberto sur le même ton.
- Excusez-moi, mais vous vous changerez les idées sans moi, dit doucement Lola en s'en allant. J'ai pas la tête à ça !
- Tu t'occupes de Silvia ? lança Nacho qui voulait rejoindre Lola au plus vite.
- Oui, dit Roberto en soupirant. C'est bon ...
Nacho lui serra vite fait la main avant de courir auprès de Lola qui était visiblement plus affectée que Silvia de cette disparition. Roberto, quant à lui, se dirigea vers là où il avait vu Silvia s'en aller ...
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