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Chapitre 8 : Sur les traces du passé (Partie V)
Silvia passa le seuil de la propriété, des frissons lui parcourant le corps ... Elle déposa lentement la clef qui lui avait ouvert la porte dans la poche de sa veste et s'avança discrètement dans cette immensité ! Cet endroit ne figurait pas sur la liste de ce que lui avait cédé son père à sa mort et Silvia craignait de s'aventurer dans une propriété qui n'était pas la sienne ... Cependant, elle était persuadée de se trouver au bon endroit : cette clef ne lui avait pas été envoyée par hasard !
En s'approchant toujours plus, Silvia distingua, de loin, une silhouette assise dans l'herbe, une couverture sur les épaules ainsi qu'un livre à la main ... Elle était bien trop loin pour pouvoir ne serait-ce que lui donner un âge mais la seule chose dont elle était sûre c'est qu'il s'agissait d'une femme ...
Silvia continua à s'avancer ... Les quelques bruits des gravillons lui roulant sous les pieds tira l'étrange créature de sa lecture lorsqu'elle s'approcha.
Automatiquement, la femme leva les yeux et posa son regard dans celui de l'individu posté devant elle ...
Silvia découvrit alors le visage d'une dame aux traits tirés et aux rides discrètement camouflées : elle avait sûrement la quarantaine passée ...
Les deux femmes se regardèrent pendant de longues minutes qui parurent, à l'une comme à l'autre, interminables ... Silvia avait bien une idée sur l'identité de cette personne qui lui faisait face, elle lui ressemblait étrangement : les mêmes cheveux longs et bruns, les mêmes yeux légèrement tirés et bruns eux aussi, et surtout la même expression sur le visage, celle d'un manque ... Cependant, elle ne parvenait à y croire ... Sa mère était morte depuis longtemps : il ne pouvait s'agir d'autre chose que d'un mirage !
La femme se décida au bout d'un certain temps à briser le silence qui s'était installé et qui devenait pesant : elle posa près d'elle son vieux grimoire et se leva pour s'approcher de Silvia et lui caresser doucement les pointes de ses cheveux ...
- Chérie, dit-elle les larmes aux yeux.
Ce n'était donc pas une illusion ... La femme qui lui faisait face était sa mère, celle qu'elle avait toujours imaginé enterré six pieds sous terre ...
- Maman ! gloussa Silvia, étouffant un semblant cri de détresse.
Les deux femmes se prirent dans les bras l'une de l'autre ... Peut importait la raison de son absence durant des années aux yeux de Silvia, ce qui comptait, c'était le moment présent : une mère et sa fille enlacées et unies ...
- Tu veux boire quelque chose ? demanda Maria en faisant entrer sa fille dans la maison.
- Quelque chose de chaud, si tu as, répondit Silvia en se dirigeant vers la pièce que lui indiquait sa mère.
- Va t'asseoir, je te rejoins ...
Quelques instants plus tard, Maria arriva au salon, un plateau en argent entre les mains, sur lequel était disposé deux tasses et une sucrière en porcelaine fine, peintes à la main. Elle le déposa sur la table basse et offrit une tasse à fille, un large sourire aux lèvres ...
- Je te croyais ..., commença Silvia.
Celle-ci ne pu en dire d'avantage.
- Morte ?
Silvia hocha la tête ... Elle voulait tellement connaître la vérité sur son absence pendant tant d'années, mais elle ne connaissait que très peu cette femme qui l'avait accompagné seulement durant les sept premières années de sa vie, et elle ne savait comment agir avec elle.
- Pourquoi ? se risqua la jeune femme, décidée à tout savoir.
Le visage de Maria se renferma ... Elle avait toujours su qu'un jour viendrai, qu'elle retrouverai sa fille et qu'elle lui devrait des explications ... Ce jour était enfin arrivé et elle allait devoir tout lui dire.
- C'était il y a si longtemps, soupira Maria.
Silvia resta muette, préférant garder son silence pour inciter sa mère à continuer ...
- J'étais jeune, très jeune, tout juste 25 ans quand c'est arrivé !
Les sourcils de la jeune femme se resserrèrent : que s'était-il exactement passé ? quel était cet événement qui avait séparé une mère de sa fille ?
- J'étais institutrice dans une école primaire, tu te souviens ? demanda Maria pour s'assurer que sa fille là suivait ...
- Oui.
Maria porta sa tasse de thé à ses lèvres, bu une petite gorgée, puis la reposa aussi sec sur ses genoux avant de reprendre.
- Un jour, le 21 décembre 1982, précisa-t-elle, j'ai laissé ma classe seule, sans surveillance, pour accompagner un élève qui s'était écorché la main se soigner ...
Maria s'arrêta ... Elle ferma les yeux, se replongeant alors des années en arrière et revivant alors l'un des plus terribles instants de sa vie.
- Un coussin avait bêtement été posé sur l'un des radiateurs et un feu s'est rapidement déclaré ... Le temps que quelqu'un s'en aperçoive, il était trop tard ! Les trois quarts de ma classe avaient déjà périt sous les flammes ...
Silvia se rendait compte de l'ampleur de ce que lui racontait sa mère mais tournant dans sa tête tous les éléments qu'elle possédait, elle n'arrivait toujours pas à faire la liaison avec la disparition de sa mère dans sa vie ...
- Dans le quartier tout le monde se connaissait, tout le monde connaissait les enfants de cette classe ! Bien sûr, on m'a fait endosser la responsabilité de ce qui c'était passé et ton père ...
Silvia regarda sa mère ... les yeux grands ouverts, son père ?
- Qu'est-ce qu'il a à voir là-dedans ? demanda-t-elle.
- Il s'est rangé du côté de ces gens qui me croyaient responsable de ce qui était arrivé ... Mais j'étais persuadée que ce coussin n'était pas sur le radiateur quand j'ai quitté la salle ... Ma seule erreur a été d'avoir laissé ma classe seule ! Mais comment aurais-je pu deviner ? se questionna Maria à elle même.
La jeune femme ne pouvait s'empêcher de penser à ses enfants qui avaient disparu, à leurs parents qu'ils avaient laissé ... Sa mère était peut-être innocente, mais elle voyait bien qu'elle se sentait coupable !
Silvia continua à rester silencieuse ...
- Ton père a alors pris ses affaires et les tiennes et il est parti rejoindre sa s½ur à Madrid. On m'avait confié une classe d'une trentaine d'élèves et je n'avais pas su les protéger ... Il avait peur pour toi et pour sa carrière qui commençait tout juste.
- Tu n'as jamais essayé de me récupérer ? demanda Silvia abasourdie.
- Bien sûr que si, soupira sa mère. Mais ton père m'a toujours refusé de te voir et si j'avais demandé à la justice de régler cette histoire, je n'aurai eu aucune chance face à lui : il aurait eu cet argument de poids pour m'empêcher d'avoir ta garde.
- Papa croyait sans doute bien faire, s'efforça de penser Silvia.
- Oui ! Et je crois que j'aurais agit de la même façon à sa place ...
Silvia porta sa main à sa poche et en sortit la clef du portail.
- Pourquoi ? demanda-t-elle simplement.
- Avant de partir avec toi, nous avons eu une grande discussion tous les deux, mais ça ne l'a pas empêché de me quitter. Je lui ai tout de même laisser la clef de la maison au cas où il reviendrai ...
Maria bu à nouveau une gorgée de thé
- Depuis que je l'ai vu passer le portail, j'attends désespérément qu'il revienne, reprit-elle.
- Il est mort, annonça Silvia en baissant la tête.
- Je le sais, soupira Maria. Qui sur cette terre aurait pu ignorer la mort du grand Jauregui ? Et d'ailleurs, depuis ce jour-là, j'attends toujours, mais une autre personne ... Que j'ai aujourd'hui en face de moi.
- Mais pourquoi est-ce qu'il m'a envoyé cette clef et comment ?
- Je n'en sais pas plus à ce sujet ... Il faudrait demandé à ta tante.
Les deux femmes restèrent dans le silence plusieurs minutes avant de se rapprocher l'une de l'autre et de s'enlacer à nouveau.
Sa mère était peut-être responsable de la mort de plusieurs enfants, cela lui était égal, elle avait perdu un père, elle avait coupé les ponts avec sa tante, mais aujourd'hui elle avait la possibilité de renouer avec sa mère : cette chance elle ne la laisserai pas passer ...
Alors que le soleil commençait à se coucher sur la ville de New York, Silvia et sa mère discutaient encore, assises, à même le sol, sur le tapis du salon près de la cheminée chauffant aisément la pièce.
- Je regrettes tellement d'avoir manqué les plus belles années de ta vie, soupira Maria.
- Au contraire, sourit Silvia, je crois que les plus belles sont à venir.
Maria trouvait sa fille belle et élégante. Elle était plus que fière d'avoir mis au monde une si belle créature ... Rien aurait pu enlever à ce moment précis le bonheur qu'elle ressentait à l'idée d'avoir à nouveau la possibilité de renouer avec son enfant, de le chérir et de prendre soin de la chair de sa chair.
- Tu dois être fatiguée, remarqua Maria. Ta chambre a toujours été prête pour ton retour depuis plus de quinze ans ...
Silvia ne pu s'empêcher de sourire : sa mère n'avait jamais été la pendant toute son adolescence et son début de vie de jeune femme, mais elle était sans doute la personne qui s'était le plus préoccupée d'elle pendant toutes ses années.
- Je vais allée me coucher alors, ajouta Silvia en se relevant.
Elle s'apprêtait à rejoindre sa chambre mais elle se retourna pour aller embrasser sa mère.
- J'aimerai tellement rester avec toi, mais je dois partir demain soir malheureusement, annonça Silvia.
- Déjà ?
- Je reprends les cours lundi, soupira la jeune femme.
- Ne t'en fait pas ma chérie, dit Maria en embrassant sa fille dans le creux de sa joue. Je te promets qu'on ne laissera ni le temps, ni la distance nous séparer à nouveau ...
Silvia sourit à sa remarque et s'en alla alors à sa chambre ...
- Bonne nuit, maman, lança-t-elle joyeusement.
Quelques minutes plus tard à peine, Silvia dormait paisiblement dans son ancien lit au doux matelas ... La journée avait été éprouvante et maintenant, elle avait enfin la possibilité de se poser un peu et de fermer les yeux ...
Une petite fille marchait seule dans une rue bondée de monde ... Alors qu'elle approche du quartier le plus calme de la ville, la petite brunette aux yeux marrons, à peine plus haute que trois pommes se dirige vers un grand portail blanc à côté duquel elle peut lire en lettre capitale « Tierra De Espana » ... Le portail s'ouvre de lui même, et la petite fille entre ... Une dame plus âgée lui tend la main de l'autre côté, la fillette s'approche mais ne parvint jamais à l'attraper. Elle se met à pleurer à crier tout en continuant de marcher vers cette si proche mais inaccessible ... Elle s'épuise, s'essouffle, et tombe sur ses genoux. La dame se dirige alors vers la fillette, elle lui tend la main pour l'aider à se relever et la prend dans ses bras pour la serrer le plus fort possible ...
La mère et la fille s'étaient, après tant d'années, enfin retrouvées ... Silvia avait trouvé en quelque sorte, un nouveau souffle de vie, la vie qui l'avait malmenée pendant plusieurs années lui offrait enfin la possibilité de vivre paisible et heureuse : elle ne laisserai pas cette chance lui échapper ...
- Tu es sûre de ne pas vouloir venir avec moi à Madrid ? demanda Silvia à sa mère en suppliant presque.
- C'est promis, je viendrai te voir, mais même si j'attendais ta visite depuis des années, je n'avais pas prévu une valise toute prête pour te suivre dès que je t'aurai retrouvé !
On annonça alors l'embarquement pour le vol à destination de Madrid.
- Je dois y aller, soupira-t-elle.
Maria pris sa fille dans ses bras et la couvrit de baisers.
- Je t'aime, ma chérie, avoua-t-elle enfin.
- Moi aussi, maman, reprit Silvia émue aux larmes en serrant sa mère du plus fort qu'elle le pouvait.
Les deux femmes restèrent quelques secondes à peine dans les bras l'une de l'autre se jurant de renouveler l'expérience très bientôt ...
- Tu m'appelles quand tu rentres ? lança Maria en lâchant sa fille pour la laisser partir.
- C'est promis, assura Silvia.
La jeune femme déposa un dernier baiser sur la joue de sa mère et s'en alla vers la porte d'embarquement pour prendre le vol qui l'a ramènerait à la réalité ... Mais finalement, elle avait retrouvé sa mère, et c'était ça la réalité !
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