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Chapitre 10 : L'ordre des choses ... (Partie III)
Silvia était passée prendre l'adresse où logeait désormais sa tante à l'école de Carmen Arranz ... La directrice n'avait demandé aucune explication, seulement un "comment c'est le Conservatoire Royal ?". La jeune femme y avait répondu en prenant son temps : peut-être essayait-elle par tous les moyens de retarder l'entrevue qu'elle devait sérieusement avoir avec ça tante ... Elle lui raconta alors combien il était difficile pour elle d'avoir une vie à l'extérieur du Conservatoire, là où elle fournissait un travail éprouvant qui nécessitait beaucoup de temps ! Elle prit également la peine de lui parler des nouvelles connaissances qu'elle avait pu faire et bien sûr, lui donner aussi des nouvelles de ses anciens camarades.
Finalement, elle ne sortit du bureau de Carmen qu'une bonne heure et demie plus tard ... Les deux femmes avaient bien bavardées, en oubliant presque que l'heure torunait pendant ce temps ...
Quelques minutes plus tard, la jeune femme arrivait dans une résidence aux appartements modestes et celle-ci ne put s'empêcher de penser "Mon dieu, qu'est-ce que j'ai fait ?" ... Elle imaginait mal Alicia vivre ici, elle avait vécue pendant des années et des années dans des bâtiments luxueux et voilà que maintenant, sa nièce l'avait contrainte à passer le reste de ses jours comme la plupart des gens sur terre : enfermée dans un petit immeuble avec un petit animal de compagnie ...
Silvia prit alors son courage à deux mains et pénétra dans l'un bâtiment avant de monter jusqu'au cinquième étage à pied, puisque l'ascenceur était visiblement en panne ...
Elle se retrouva face à une porte en bois foncé dans laquelle le chiffre "28" était gravé ... La jeune femme frappa à la porte, le coeur serré ...
Cette dernière attendit pas moins de trois bonnes minutes avant de pouvoir entendre la serrure se déverrouiller de l'intérieur. Se fut certes un visage familier qui l'acceuillit, mais pas celui auquel elle s'attendait : c'était Horacio, vêtu d'une unique serviette qui lui ceignait la taille ... Le jeune homme, qui n'avait apparemment pas changé depuis la dernière fois qu'ils s'étaient vus lors de la signature des papiers du divorce, s'accouda à la porte en lâchant un bref "Salut" associé à un sourire charmeur qui dissimulait sa gène ...
Silvia fut particulièrement étonnée de le trouver ici après les propos qu'avait tenus sa tante autrefois ...
- Salut, répondit-elle.
- Qui c'est ? demanda Alicia en pénétrant dans le hall tout en séchant ses cheveux à l'aide d'une serviette de bain.
- C'est moi ! dit alors Silvia en manifestant sa présence à l'aide d'un mouvement de bras.
Soudain, le visage d'Alicia se rembrunit ... Elle se demandait bien en quel honneur avait-elle droit à la présence de sa nièce ?
- Qu'est-ce que tu fais là ? l'interrogea-t-elle sur un ton plutôt sec.
- Il faut que nous parlions de certaines choses ! argumenta la jeune femme sans se laisser déstabiliser !
Alicia invita alors sa nièce à entrer et lui proposa de s'asseoir dans un canapé terne, le seul meuble quasiment à occuper la pièce ... Horacio quant à lui s'éclipsa discrètement ...
- Je t'écoute ! dit Alicia en croisant ses bras.
- J'ai retrouvé ma mère ! annonça-t-elle non sans un sourire au coin des lèvres. Le plus intéressant, c'est que papa m'y a aidé !
- Il est mort, Silvia !
- Je sais ! Mais comment expliques-tu le fait qu'il m'ai envoyé un paquet avec la clef de la maison où vit ma mère la veille de sa mort ?
- Tu n'as pas demandé à ta mère ?
- Bien sûr que si ! s'agaça Silvia. Mais elle ignore tout, elle pense plutôt que c'est toi qui aurait des choses à me dire ...
- Tiens donc ! ironisa Alicia. Ca fait des tas d'années que je n'ai pas vu ta mère et elle prétend que j'ai des choses à te révéler ?
Silvia lança alors un regard insistant à sa tante : elle voulait la vérité, et elle l'obtiendrai tôt ou tard ... Mais mieux fallait-il que se soit maintenant !
Alicia se leva alors et gagna l'une des pièces sans un mot ... Silvia ignorait si elle devait partir ou non, si cette conversation était finie ou non ... Elle attendit 2 ... 3 ... 4 ... 5 ... minutes avant de se décider de s'en aller ... Mais lorsqu'elle atteignit la porte, Horacio, qui avait plusieurs vêtements sous le bras, se faufila jusqu'à la jeune femme puis s'en alla en prenant la peine de fermer la porte derrière lui.
- Tu allais t'en aller ? demanda Alicia en sortant de la pièce où elle était entrée quelques minutes auparavant.
Silvia regagna alors le canapé qu'elle avait quitté et s'y réinstalla ... Intuitivement elle sentit qu'elle allait passé pas mal de temps à écouter ce que sa tante allait lui dire ...
Alicia la rejoingnit puis posa ses mains sur les cuisses de sa nièce avant de laisser échapper un long soupire ...
- Qu'est-ce que tu peux me dire, Alicia ? demanda Silvia toute penaude et attendrie par le geste que sa tante venait de faire.
Celle-ci soupira à nouveau et laissa, dans un élan, échapper un lourd secret.
- Ton père n'est pas mort, Silvia !
La jeune femme ouvrit alors grand ses yeux ! Avait-elle bien entendu ce que sa tante venait de lui dire ? Lui avait-elle bien dit que son père n'était pas mort ?
Sa tante, consciente du choc qu'elle lui infligeait, précisa ses propos.
- Il se cache ! dit-elle en caressant la cuisse de sa nièce qui s'était mise à trembler.
- Mais pourquoi ? balbutia Silvia un peu perdue ...
- Il n'a pas fait des choses très légales ces dernières années, Silvia !
- Comment ça ? hurla la jeune fille dépassée par les évènements.
- Il utilisait le transport du matériel pour ces concerts pour faire passer des armes au Moyen-Orient ...
- Du traffic d'armes ? s'étonna Silvia.
Alicia hocha la tête.
- Mais pourquoi faire ? s'énerva à nouveau sa nièce se retenant de se laisser aller.
- Je l'ignore, il est resté très discret avec moi sur cette affaire !
- Mais il t'en a quand même parler, remarqua Silvia attristée de ne pas avoir été mise dans la confidence.
- Il devait se confier à quelqu'un je suppose.
Un silence pesant s'installa dès lors ... Alicia se devait maintenant de tout raconter ...
- Il vivait des heures difficiles : le classique n'intéressait plus autant qu'avant et il se devait de laisser croire à ses producteurs qu'il ramenait encore du monde ... Il a payé des gens pour ça mais il s'est vite rendu compte que ses finances aussi grandes soient-elles ne tiendraient pas longtemps surtout s'il voulait laissé croire à sa famille qu'il était toujours un chef d'orchestre reconnu !
Silvia buvait les paroles de sa tante, n'en laissant pas lui échapper une seule goutte !
- L'Europe et l'Amérique ont toujours refusés de vendre des armes au Moyen-Orient, de peur qu'un jour leurs propres inventions ne se retournent contre eux ! Ton père s'est vu un jour proposé ces échanges illégaux, à ce moment là il n'avait pas vraiment eu d'autrex choix que d'accepter !
Silvia n'en revenait pas de ce qu'elle entendait ! Elle se demandait même si tout ce que sa tante lui racontait n'était pas une simple farce ... Mais elle savait très bien que cette dernière n'était pas du genre à faire ce genre de blague ... Ce qu'elle lui racontait l'effrayait : comment son père pouvait-il être un si vilain malfrat ?
- Pourquoi vouloir disparaître ?
- Il le devait : les choses commencaient à s'enveunimer ... Les services secrets ont été informés de ce traffic et ton père à préférer partir dignement plutôt que de périr en prison avec la déception de tous ! Sa mort a été organisée par certains de ceux qui l'avait mis dans le pétrain ! Il vit maintenant comme un fugitif sans que personne ne le sache !
Silvia aurait pu demander de ses nouvelles, ou bien où il se trouvait, mais elle ne pensait pas que son père, qui avait agit ainsi, méritait qu'on se préoccupe de lui.
- Pourquoi m'avoir envoyé cette clef pour retrouver ma mère ? dit-elle, ne perdant pas de vue son objectif ....
- Je l'ignore, avoua Alicia le regard lourd. Je suppose qu'il s'est rendu compte que l'erreur était humaine et qu'il en a fait une bien plus terrible que celle qu'avait fait ta mère : il a sans doute voulu se racheter d'un certaine manière ...
Silvia laissa lui échapper une larme ...
- Il ne supportai peut-être pas non plus l'idée que tu te retrouves seule après sa mort, pensa-t-elle.
La jeune femme qui en avait alors assez entendu pour la journée se leva, prit son sac. Sa tante la retint alors par le bras ...
- Silvia ! insista-t-elle. Tu ne dois parler de ça à personne ?
Celle-ci hocha la tête.
- Tu entends ? A personne !
Silvia la regarda un bref instant puis s'en alla, laissant une tante soulagée d'avoir d'une certaine manière confié à quelqu'un d'autre son lourd secret de famille qu'elle n'était désormais plus la seule à porter ...
En fin d'après-midi, Roberto frappa à l'appartement des trois colocataires. La petite brune lui ouvrit ...
- Salut ! dit Lola
- Salut !
- Qu'est-ce que tu fais là ? demanda-t-elle surprise.
- Je suis venu vous présentez quelqu'un, annonça-t-il non sans une certaine fierté.
Le petit garçon sortit alors de derrière son père tout en restant accroché bas du manteau de celui-ci ...
- Alors on joue les timides, bonhomme ?
Sergio enfouit son visage dans la veste de son père en rigolant. Roberto prit alors son fils dans ses bras ...
- Moi c'est Lola ! se présenta la jeune fille en chatouillant le petit homme.
Celle-ci les fit alors entrer dans l'appartement et le scénario des présentations se réitéra deux autres fois ...
- La voiture lui a plu ? demanda Lola qui avait emmené Roberto à l'écart !
- Il n'a pas encore eu le temps d'en profiter ! Les choses se sont assez mal passées hier soir, avoua le jeune père ... Mais rassures-toi, tout c'est bien terminé !
- Comment ça ?
- Disons que Bea lui manquait énormément et je n'arrivai pas à le calmer !
- Tu aurais du m'appeler ! dit Lola.
Roberto lui sourit ...
- C'est gentil, mais j'ai appelé quelqu'un d'autre ...
Lola eut alors un regard interrogateur : elle n'eut pas besoin de lui demander "qui ?" puisque Roberto y répondit immédiatement.
- Silvia m'avait proposé son aide si jamais ça n'allait pas avec Sergio.
La jeune femme, qui avait entendu parler du fameux messages de Rachel alors que Roberto et Silvia était en train de renouer lors de l'anniversaire de cette dernière.
Elle fut surprise qu'il l'ait appelé ...
- A ce moment là, j'étais plus préoccupé par les malheurs de Sergio que de ma relation avec Silvia, avoua le jeune homme.
Lola avait remarqué le sourire que Roberto affichait depuis son arrivée : elle se doutait que quelque chose d'important était arrivé ... Et elle doutait que se puisse simplement être d'avoir calmé Sergio ...
- Et ? demanda alors la jeune femme avec un regard insistant ...
- Silvia a réussi à endormir Sergio ... Elle a vu que j'avais besoin de parler à quelqu'un alors elle est restée et j'ai eu l'occasion de mettre les choses au clair avec elle concernant Rachel ...
- Vous à nouveau ensemble alors ?
- Je ne sais pas vraiment, elle est partie rapidement ce matin et elle m'avait promis de repasser à l'appartement après avoir vu sa tante mais je n'ai toujours pas eu de nouvelles ...
- Elle y est peut-être encore ...
- Oui, dit Roberto peu convaincu.
Les deux jeunes gens retournèrent alors au salon ... Ils y trouvèrent Sergio endormi dans les bras de Nacho qui regardait la télé avec Ingrid.
- Chut ! fit doucement Nacho en entendant Lola et Roberto revenir ... Le petit dors ...
Le jeune papa fut attendri par cette image qu'il avait sous les yeux ...
- Ca ne vous dérange pas si je vous le laisse une petite heure ? demanda-t-il. Je voudrais aller voir si Silvia n'est pas chez elle !
- Y'a pas de soucis, prends ton temps, répondit Lola à voix basse.
- Il m'a l'air bien parti pour faire un gros dodo ! sourit Ingrid ...
- Je vous remercie, lança alors Roberto avant de filer ...
Silvia, quant à elle, avait regagné sa maison ... Elle avait pendant le trajet du retour réussit à se contenir mais lorsqu'elle poussa la porte de chez elle, elle alla s'effondrer dans son divan ...
Elle laissa alors couler d'énormes larmes ... Elle était perdue ... Elle qui croyait avoir enfin retrouver le chemin du bonheur, le monde rêvé qu'elle avait pu s'imaginer ces derniers jours venait de s'effondrer ...
D'une certaine manière, elle était heureuse que la mort de son père ne lui ai pas fait tant de mal que ça ... Après tout, pourquoi aurait-elle pleuré pour un homme qui n'en valait pas la peine ... Elle tenta alors de sécher ses larmes et de retrouver la raison ... Mais cette tâche s'avéra plus difficile qu'elle en avait l'air ... Rien qu'à imaginer qu'elle avait une mère considérée par tous comme une irrésponsable et père, lui, comme un immense chef d'orchestre alors qu'il trahissait son pays suffisait à la faire enrager à nouveau ...
Trouverait-elle un jour son équilibre indispensable pour mener une vie paisible auprès de ceux qu'elle aime ? Pour l'instant, la jeune femme, ne voyait pas la fin du tunnel qui s'était dressé devant elle ...
Silvia ravala ses larmes lorsqu'elle entendu quelqu'un sonner à la porte ...
Elle fut surprise de trouver face à elle Roberto.
- Tu devais pas revenir me voir à l'appartement une fois que tu avais terminé avec Alicia ? demanda-t-il d'un air charmeur.
- Si, si, répondit-t-elle en se frottant le visage. Excuse-moi j'avais oublié ...
Le jeune homme s'aperçu alors des rougeurs qui marquaient le dessous des yeux de son amie.
- Tu as pleuré ?
- Non, non c'est rien ...
Elle fit entrer Roberto. Et celui-ci la retint auprès de lui en déposant ses bras autour de sa taille.
- Raconte-moi, fit-il en séchant une larme qui venait de couler.
- Je ne veux pas ... Je ne peux pas, s'agaça la jeune femme.
Roberto su ainsi qu'il ne fallait pas insister ... Il se contenta alors de lui embrasser le front et de l'accompagner jusqu'au canapé ...
Elle posa sa tête sur ses genoux tout en serrant sa main : sa présence était un réel réconfort certes, mais pas suffisant ...
- Ne me pose plus de questions je t'en prie, supplia la jeune femme en fermant les yeux.
Roberto ne dit rien, il caressa la tête de Silvia respectant ainsi ses volontés ... Il la regarda longuement : elle semblait dormir ...
Quelques minutes plus tard, il s'assoupit à son tour, oubliant alors les tracas de chacun ...
Silvia ne dormait pas ... Elle faisait semblant ... Elle ne s'imaginait pas dormir ni cette nuit, ni la nuit prochaine, ni toutes les autres à venir ...
Parviendrait-elle à retrouver le sommeil, elle l'ignorait, mais pour le moment, elle se sentait mal, très mal : un malaise la rongeait de l'intérieur !
Dans la nuit, alors que Roberto avait les yeux fermés, Silvia se sentit encore plus mal qu'auparavant, elle avait envie de cracher sa colère au monde entier ...
Elle réveilla alors son ami en lui secouant légèrement la main ... Celui-ci ne tarda pas à s'éveiller ...
- Qu'est-ce qu'il y a ? demanda-t-il inquiet.
Il était alors temps pour Silvia de tout dire et d'avoir pour une fois le courage de faire confiance à un être cher ... Elle lui raconta son entrevue avec sa tante ...
Lui aussi à présent se sentait mal, il connaissait là une affreuse histoire qu'il devait par dessus tout garder pour lui : la seule chose qui le soulageait était de savoir que Silvia lui avait confier là ses peines et ses chagrins ...
Peut-être étais-ce le tournant de leur histoire, le moment que le destin avait choisit pour consolider leur relation ?
Silvia n'aurait pu donner de réponses à cette question qu'elle se posait, néanmoins, elle était certaine d'une chose : elle se sentait mieux ...
Elle ne regrettait pas d'avoir confié son secret à Roberto, mais il allait devoir lui montrer qu'il était digne de le garder et de lui en confier des tas d'autres ...
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